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Poésie africaine / afrique noire et maghreb

Autres auteurs contemporains (2)

Leopold Sedar Senghor, poète, écrivain, homme politique Sénégalais, né à Joal, en 1906, il est symbole de la coopération française en Afrique, premier africain à siéger à l'Académie Française, sa poésie chante l'Universel, à travers la Négritude, il a déposé des mots et exprimé la beauté de l'Afrique, ses valeurs, son histoire, sa profondeur et sa diversité. Il décède en 2001, sa poésie est son nom reste comme un exemple de réussite, et un modele, pour les enfants qui étudient ses poèmes, comme pour les politiques qui analysent son apport au continent Africain, ou pour les hommes de cultures qui n'ont pas fini de découvrir Senghor jusqu'à aujourd'hui.

Comme je passais

Comme je passais rue Fontaine,
Un plaintif air de jazz
Est sorti en titubant,
Ébloui par le jour,
Et m'a chuchoté sa confidence
Discrètement
Comme je passais tout devant
La Cabane cubaine.
Un parfum pénétrant de Négresse
L'accompagnait.

Voilà des nuits,
Voilà bien des jours au sommeil absent.
Réveillés en moi les horizons que je croyais défunts.
Et je saute de mon lit tout à coup, comme un buffle
Mufle haut levé, jambes écartées,

Comme un buffle humant, dans le vent
Et la douceur modulée de la flûte polie,
La bonne odeur de l'eau sous les dakhars
Et celle, plus riche de promesses, des moissons mûres
Par les rizières.


Perles

Perles blanches,
Lentes gouttelettes,
Gouttelettes de lait frais,
Clartés fugitives le long des fils télégraphiques,
Le long des longs jours monotones et gris !
Où vous en allez-vous ?

À quels paradis ? À quels paradis ?
Clartés premières de mon enfance
Jamais retrouvée...

Pourquoi


Pourquoi battre le rappel
Du jazz imagination
De la bamboula des paroles
Au clair de ma jeunesse ?

Renvoyons l'harmonie tumultueuse des hanches,
La frénésie des seins bondissant et bramant
À travers les forêts parfumées,
Renvoyons les longs jours titubants, ivres de vin.

Pauvre convalescent,
Dévêtons-nous de violence.
Seulement un peu d'air vert et vif
Et léger, comme une mousseline
Autour de nous, n'est-ce pas ?
Et le repos tranquille,
Calme,
Sous le tiède soleil d'une affection sororale.

Les djerbiennes

Inspire-moi, Tanit la Tendre, Tanit la Tunisienne,
Quand je chante les Djerbiennes au rythme des tam-tams et tabalas.
Les voilà entrant dans la danse, vases sveltes, un vase sur la tête altière.
Les voilà longues lisses, les Djerbiennes à la tête d'or
Et les hauts dieux d'ébène pour rythmer leurs pas.
Les tam-tams dansent et les tabalas, les tam-tams sous les mains d'ébène dur.
Les voici de soie fine, les Djerbiennes, soyeuses et souples
Et déroulant rythmée leur fuite frissonnante, gracieuse.
Et montent les hosannahs dans la nuit bleue étoilée.


Spleen

Je veux assoupir ton cafard, mon amour,
Et l'endormir,
Te murmurer ce vieil air de blues
Pour l'endormir.

C'est un blues mélancolique,
Un blues nostalgique,
Un blues indolent
Et lent.

Ce sont les regards des vierges couleur d'ailleurs,
L'indolence dolente des crépuscules.
C'est la savane pleurant au clair de lune,
Je dis le long solo d'une longue mélopée.

C'est un blues mélancolique,
Un blues nostalgique,
Un blues indolent
Et lent.


Regrets

"A la mémoire de Soukeina"
La gracilité de la gazelle
S'est fondue au crépuscule mourant
Dans la vallée.

L'éclair d'un trait d'ambre
Immuable en mon cœur s'est fixé,
En mon cœur saignant d'un regret inapaisé.

Car le parfum de mon songe inouï,
Splendeur du ciel tropical,
M'a trop bien ébloui pour les temps à venir.

Amie, quelles peines as-tu éteintes ainsi ?
Dis-moi, quels incendies au feu dévorant
As-tu donc plongés au fleuve froid

D'amertume ?
Pour toi j'eusse donné tant,
Pour toi plus belle que le crépuscule

///

Abou el kacem Chebbi, (1909- 1934) il est l’un des premiers poètes modernes de Tunisie et la fraîcheur de sa poésie demeure jusqu’à nos jours inégalée. Souffrant de l’incompréhension de son entourage, Chebbi est devenu le poète romantique par excellence, le révolté. Il est aussi le poète de la liberté qui appelle à la révolte contre les forces de l’intertie et à la rebellion contre les tyrans. Par la simplicité de son verbe, il a donné un souffle nouveau à la poésie de son temps. (Présentation de l’auteur A. Cherait). Le plus connu des poèmes de Chebbi, "la Volonté de Vivre" a été écrit à Tabarka le 16 septembre 1933 pendant un séjour de convalescence dans le nord de la Tunisie. Il y lançait un défi à son mal et exprimait son attachement à la vie. (N.Arfaoui).

La volonté de vivre
(Extrait)

(…)
« Lorsque je tends vers un but,
Je me fais porter par l’espoir
Et oublie toute prudence ;
je n’évite pas les chemins escarpés
et n’appréhende pas la chute
dans un feu brûlant.
Qui n’aime pas gravir la montagne,
vivra éternellement au fond des vallées ».
Je sentis bouillonner dans mon cœur
Le sang de la jeunesse
Des vents nouveaux se levèrent en moi
Je me mis à écouter leur chant
A écouter le tonnerre qui gronde
La pluie qui tombe et la symphonie des vents.
Et lorsque je demande à la Terre :
« Mère, détestes tu les hommes ? »
Elle me réponds :
« Je bénis les ambitieux
et ceux qui aiment affronter les dangers.
Je maudis ceux qui ne s’adaptent pas
aux aléas du temps et se contentent de mener une
vie morne, comme les pierres.
Le monde est vivant.
Il aime la vie et méprise les morts,
aussi fameux qu’ils soient.
Le ciel ne garde pas, en son sein,
Les oiseaux morts et les abeilles ne butinent pas
les fleurs fanées.
N’eût été ma tendresse maternelle,
les tombeaux n’auraient pas gardé leurs morts. »
Par une nuit d’automne,
Lourde de chagrin et d’inquiétude,
Grisé par l’éclat des étoiles,
Je saoulais la tristesse de mes chants,
Je demandais à l’obscurité :
« La vie rend-elle à celui qu’elle fane
Le printemps de son âge ? »
La nuit resta silencieuse.
Les nymphes de l’aube turent leur chant.
(…)
Traduction S. Masliah

///

Abdellatif Laâbi, 1 er extrait : "Le règne de la barbarie ", Seuil, 1980. 2ème extrait : "L'arbre de fer fleurit ", 1974.

Ne me cherchez pas dans vos archives
effrayés par mes dénonciations
je ne suis pas de la nature de l'écrit
cherchez-moi plutôt dans vos entrailles
lorsqu'une cavale de vers
distord vos tripes
cherchez-moi dans l'urine des fièvres
dans le paludisme des ruelles

dans la boue des cataractes
écrasez mes noms interdits
marchez sur les sorts que j'irradie
mais à mon cri
cassez les cruches de miel
égorgez des taureaux noirs sur les seuils des mosquées
nourrissez mille et mille mendiants
alors je viendrai
vous crachez dans la bouche
crever vos tumeurs
expulser vos maux ataviques
encore je vous préfère
en la droiture de vos socs
mes frères aux mains rugueuses
mes frères au sommeil de racines.

(...)

Je n'ai jamais cessé de marcher
vers mes racines d'homme
sans sourciers, sans boussole
sauf ma colère puisée dans le poumon du peuple
et les clameurs inédites de l'histoire
sauf mes yeux
n'ayant rien perdu
du désastre des ruelles
et de la rareté du pain
j'avais mal à mes racines
mes yeux
scrutant le cimetière de la horde
l'itinéraire de fulgurances
je n'ai rien perdu, rien omis
des sévices de l'Autre ni des miens
rien, entends-tu
c'était l'ère des grands nomadismes
qu'attisait le soleil noir de l'Agression
J'AVAIS URGENCE DE MA FACE D'HOMME
fou
je reviens de ces rêves
et je marche
d'abord
sur la ville
afin de dresser mon réquisitoire.


T. Ben Jelloun,
" A l'insu du souvenir ", éditions Maspero, 1980

Etranger
prends le temps d'aimer l'arbre
accoude-toi à terre
un cavalier t'apportera de l'eau, du pain,
et des olives amères
c'est le goût de la terre et des semences de la mémoire
c'est l'écorce du pays
et la fin de la légende
ces hommes qui passent n'ont pas de terre
et ces femmes usées
attendent leur part d'eau.
Etranger,
laisse la main dans la terre pourpre
ici
il n'est de solitude que dans la pierre.

Cote d'Ivoire

Fatho Amoy
Né en 1936, Fatho- Amoy enseigne à l’Université d’Abidjan.
Sa poésie est un rêve de pureté, un regard stylisé sur le monde, une parole de paix qui défie les éclairs. (Mon Beau pays d’Ivoire, Marc Pessin et Paul Désalmand Editeurs, 1967 – Chaque aurore est une chance, Ed. CEDA, Abidjan, 1980)

Ton nom est une fête !
Le capiteux matin
D’une ville heureuse
Où les bocages balancent
A l’amarre ciel et mer
Entre leurs mâts
Fou de vents et d’oiseaux.
L’autre nuit,
Comme j’allais seul
Dans l’ivresse de toi,
Je l’ai murmuré :
Trois étoiles sont venues
Se poser sur la colline.
Je l’ai appris aux arbrisseaux :
Les nids ont chanté
Jusqu’à l’aurore.
De la savane à la forêt,
Partout, fruits et sources,
Ont trouvé douceur à mes lèvres.

M’aimeras-tu jusqu’au bout du voyage ?

Maurice KONE, (1932 – 1980), Né en 1932 à Bouaké. Auteur d’un roman(Le jeune homme de Bouaké, 1962), ila publié plusieurs recueils de poésie hantés par la souffrance et la mort qu’il n’a cessé de conjurer :

  • La guirlande des verbes, Ed. J. Grassin, Paris 1961.
  • Au bout du petit matin, Ed. J. Grassin, Bordeaux, 1962.
  • L’argile du rêve, NEA, Dakar-Abidjan, 1979.

Paraboles

Je suis le fruit de l’Amour
Cueilli sur l’arbre du tourment.
J’ai pris forme
Sur la blancheur de la douleur.

Mon arbre a poussé sur la terre sèche
Des mauvaises saisons
Et toutes les pluies m’ont frappé
Et tous les vents m’ont secoué.

Entre les oranges
Je suis le citron
Fruit acidulé
Au milieu des épines.

Je suis la mauvaise herbe
Au milieu  des herbes vertes
Et l’on me reconnait par ma couleur
Qui est grise comme l’amertume.

Fruit entre les fruits
Je suis le fruit vert sans goût
Fruit entre les fruits
Je suis le citron au milieu des oranges.

Je suis fruit je suis herbe
Fruit vert et herbe grise
Mais je pousse quand même
Là où on ne m’accepte pas.

Je pousse au bout du mauvais chemin
Où les gens bien  ne s’aventurent pas
Et seul dans ma solitude
Je me ris de la sécheresse.
L’argile du rêve.

NEA.

///

Cameroun

Christophe Nguedam . Né en 1946 à Bakanou, au Cameroun.
Il a commencé à composer des plaquettes en 1968. Ses poèmes sont autant une exploration du « moi » qu’un regard sur le monde. On note cependant l’étonnante discrétion du poète qui bride le langage, se gardant d’exprimer des passions exacerbées.

Murmure et soupir. Ed. J.Oswald, Paris, 1972.
Chemins du monde, Ed.J.Oswald, Paris, 1973.
Paroles de semence suivi de Grains de philosophie,
Ed. P.J. Oswald, Paris, 1975.

Les fruits

Les fruits les plus agréables
En apparence
Sont le plus souvent
Des fruits incomestibles
Des fruits incomestibles
Ou des fruits défendus.

L’œil se délecte éternellement
Au charme de leur vue,
L’odorat hume leur senteur délicieuse ;
Enfin, tout l’être en éprouve
Le besoin de l’affection,
Et le cœur s’y attache sans réserve.
Mais la bouche doit refuser
De les goûter,
Sous peine de funestes représailles.

Parole de semence,
Editions P.J. Oswald.

Espoir

Les bourgeons naissants
Reverdiront la campagne
Et la vie renaitra
Plus verte et succulente
A la trace du feu de brousse.

///

Niger

Amadou IDE. Né à Niamey le 22 Novembre 1951. Maitrise du droit à l’Université Paris I  et diplôme de Gestion (IIAP). Haut fonctionnaire, Amadou Idé a travaillé dans le secteur du  développement rural et la formation professionnelle. Il a enseigné à l’ENA et à l’Université de Niamey. Il est depuis août 1985 Directeur du personnel à l’A. C.C.T. (Agence de Coopération Culturelle et Technique).
Le cri inachevé est son premier recueil publié. Il comprend quarante quatre poèmes, dont dix livrés, sans traduction, en langue maternelle.
Le poète établit ainsi une sorte de complicité avec son peuple et rappelle que la poésie peut se donner comme objet une expérience ineffable ou, tout au moins, intraduisible.

  • Cri inachevé, Impr. Nationale du Niger, 1984.

Sahel ô  mon pays !

As-tu vu mon pays
Que l’on montre du doigt
As-tu vu mon Sahel nu
Qui grelotte de froid
As-tu vu le soleil coincé
Dans la veine des plantes
Et le gao excédé
Atteint de calvitie précoce
Qui penche sa tête
Comme pour nous prendre à témoin
As-tu vu tout cela
As-tu vu mon Sahel
Qui inspire le dégoût
Ma vache aujourd’hui
Se restaure de sa bouse
As-tu vu mon Sahel
As-tu vu mon pays
Où les chèvres s’ennuient
Sous les arbres désolés
Vois, vois la terre vaincue
Qui t’offre ses fissures
Comme pour un contact ultime
As-tu vu mon Sahel où
Les charpentes effondrées
Blanchissent au soleil
En attendant les comptes statistiques
Vois, vois mon Sahel nu
Qui grelotte de froid
Regarde et dis –moi
Combien ya t il de ventres gonflés de prière
Combien y’a-t-il de charpentes effondrées patatras
Combien de vaches recroquevillées
Combien de plantes qui s’étiolent
Sur la terre écaillée
O Sahel, mon pays blessé
Comme une femme révoltée
Tu étales ta nudité
Suprême défi
A l’humanité.

Cri inachevé,
Imprimerie nationale du Niger.

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