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Dominique Aguessy, poète, écrivain, sociologue et licenciée en Lettres des université de Dakar et Bordeaux. Né à Cotonou (Bénin), elle a longtemps vécu au Sénégal. Elle a publié quatre ouvrages sur la littérature orale en Afrique, un essai sur Syndicalisme et Pouvoir et deux recueils de poèmes. Elle a publié des recueils mais aussi écrit des articles pour differentes revues sur l'univers africain.
Elle réside à Bruxelles, Belgique. Participe aux activités de l'Association La Porte des Poètes. Ses derniers recueils : Le gué des hivernages; Comme un souffle fragile (Parole et Silence), la soif des oasis (Editions du Cygne).

Ton sourire est une fête
Au-dessus des nuages
Là-bas derrière le pépiement
D'un oiseau
La fraîcheur de la nuit
Enroule son collier de nacre
Serti de silence
Des soupirs scintillent
Au revers
De gouttes de rosée
Libres d'entraves
Les senteurs de garrigue
Enivrent les courlis
Et nos désirs de bonheur.

Parole donnée

Parole donnée
verbe incarné
réconfort de nos âmes
tourmentées
le regard dévasté
accuse nos doutes

Promesse d’aube nouvelle
nos espoirs renaissent
chaque matin avec la lumière

Sobre s’élève le chant
de l’éveil qui devient oraison
accordé au bruissement du vent
pépiements des oiseaux

Si tu dénonces l'injustice

Si tu dénonces l’injustice
eduque en même temps au pardon
pour réparer les blessures
sans attendre
que soit rétablie l’équité

L’échange est inégal
entre qui subit l’affront
et les lois censées
obtenir réparation

Eduquer au pardon
tout en défendant ses droits
les siens et ceux des autres
en manière d’engagement

Si tu combats l’impunité
si tu reconnais à la justice
le droit de porter du sens
donne aussi à la solidarité
la chance d’exister

///

Mohamed Ben Ouirane, né en Tunisie, ayant vécu en Afrique noire, il publie et participe à des rencontres autour de la poésie et du dialogue entre les cultures. Ingénieur commercial de formation, il participe par ailleurs régulièrement aux activités de l'Association "La Porte des Poètes". Il déclame ses vers en français et en arabe à Paris et en Province. Il publie "A dos l'essence" en 2001 aux Editions La Porte, des poèmes qui parlent de la découverte de l'écriture et de la nostalgie de son enfance en Afrique. "Aux Sources" bilingue Français- Espagnol, est son prochain recueil.

Aux sources

Là-bas, le jaune qui inspire confiance
Creuse dans la main paysanne
Le destin des plaines
Le parfum des étendues
Et la présence du non-temps

Tu m’amènes vers toi
Sur ce sable fin
Où chantent les louanges
Aujourd’hui, j’écris
Si loin.

Le paysan de fortune
Vit sous le ciel ouvert
Il côtoie les nuages
Et moi j’écris de loin
Son chemin se trouve
Entre deux champs
A peine travaillés
Et moi j’écris
Si loin…

Mes mots ne font pas le poids
Face à l’absolu des rivières
Verbes ridicules face aux torrents
Je n’invente pas les sources
J’y trempe mon langage
Ruisseau des orfèvres d’esprit
Purifié par l’Aïn éternelle
De Korbous mes hommages
Montagnes dans mon dos chaud
Eclaboussant dans ma mémoire
Jaillissant comme au premier jour
Ton goût salé habite encore ma gorge…


Je suis venu vers toi
Remplir mon réservoir de ta sève
Avec mes petits yeux…
Pieds nus, esprit nu…
A petits pas berbères…
A petits pas de celtes…
Cherchant le chemin
De chez moi…
Je suis venu vers toi
De si loin
Pour caresser ton pelage
Et me faire gifler par le vent
Je suis venu vers toiPour goûter
Au plaisir de mes ancêtres
Me frotter à leur regard marin
Et me noyer dans leurs rêves…

Le destin paysan
Vaut mille vies d’ailleurs
J’échangerais la mienne
Contre mille vies de là-bas…

///

Alain Mabanckou, Poète et romancier, professeur de littérature à l'Université de Los Angeles (UCLA), il a obtenu le prix de la Société des Poètes français en 1995, et le Prix Renaudot (2ème prix national après le Goncourt) en 2006 ainsi que d'autres prix, sa poésie originale, ses thèmes surprenants, et ses activités de par le monde pour la connaissance de la littérature Africaine font de lui une personnalité incontournable de la littérature aujourd'hui. http://www.alainmabanckou.net/

(...)

Je vends à l'autre siècle
Les errements de mon destin sinueux
La courbe des jours nouveaux luit
Tel un arc-en-ciel impérieux

Demeure la hantise
D'un présent convalescent

Je dis à la lumiere
D'absoudre les stigmates
Qui rappellent les fêlures de l'errance
J'ai planté mon mât au coeur de ce territoire
J'apprends maintenant à danser d'un seul pied
A oublier ma tradition de bipède

"L'usure des lendemains"
Editions Nouvelles du Sud; 1995

Courronné par la Société des Poètes Français
Réedition Menaibuc et New Legend, 2000

///

Mourad Boussetta, né à Djerba (Tunisie), artist-peintre, poète, et professeur d'arts plastique à Sousse (Tunisie), intervient au niveau académique en Tunisie, et prépare un doctorat sur le Surréalisme. D'un style naturel et surprenant, Mourad Boussetta nous ouvre les portes du rêve et de l'utopie poétique. Tout nos sens sont convoqués par ces vers, rappellant certaines illusions et contradictions de la vie quotidienne, avec force et beauté, avec réalisme et passion.

Expiation

L’amertume est l’élixir des poètes,
destin farouche qui leur ordonne la tache immense
d’expier le monde.
Le poète expie le monde,
Pas de péché qu’il a commit,
sauf celui de se donner au monde dans la nudité originelle,
trop exhibitionniste, lui dira-on.
Il prévoit par son gros cœur le moment
de la virginité primitive ,
qui fera le blanc éternel dans la tête du monde.
Le monde qui accouche des mensonges.
Le poète monte vers son olympe
à courir derrière la joie juvénile,
croyant éviter le plus pénible.
On lui offre le rocher
pour défier les lois de la gravité.
Le poète expie le monde.
Son cœur accueille les étoiles,
une perle luit sur sa poitrine.
Il a comprit que l’homme a besoin d’un toit et d’un manteau,
puisque sans toit, l’homme sera volatile
comme l’éther, qui n’a pas de récipient.
Le toit de l’homme, c’est son idéal,
son manteau, c’est son cœur.
Trop de gens, hélas, s’envolent
au premier coup de vent.
Ainsi beaucoup verront mourir leurs cœurs de froid,
ou entrent en hibernation ;
a force d’accumuler de la graisse libérale,
qui leur permettra de survivre sans toit.
Lors de l’éveil, cependant
la graisse deviendra rocher,
et causera la constipation des oiseaux migrateurs.
Ceux qui migrent d’un toit à un autre,
à la recherche de la graisse ;
grossir, ne permet pas seul la survie,
même l’ours polaire pêche sa nourriture,
elle ne lui tombe pas du ciel
en signe de fausse bénédiction.
Oh, l’ancien temps !
L’euphorie grimpe dans les veines
des nouveaux ours constipés,
qui crient alerte
aux bonbons volés.
Le poète expie le monde.
La fourmi, maigre pourtant
bâtira son domaine au ventre de la terre.
Ressortira la fertilité du futur
contre un présent angoissant.
L’euphorie de l’estomac,
est signe de bassesse.
Elle est mise hors de l’éternité,
Adam quitta le paradis,
a cause de cette euphorie,
sa descendance ne manquera pas de suivre ses pas glorieux.
Adim', l’essence de l’homme,
la terre, on en sort et en y retourne.
On la piétine également,
dirait le sage,
faudrait alors faire doucement
lorsqu’on piétine son essence !
C’est pourquoi les riches feront des tapis rouges,
lorsqu’ils se font marcher dessus.
L’homme, heureux d’être un animal parlant,
nomme le tapis rouge,
pour cacher son merdier.
Le poète marchera, pourtant, pieds nus,
Heureux qu’i y ait encore des pivoines
que le petit chaperon rouge n’a pas encore été dévoré.
Parce qu’il croit, lui, que le petit chaperon rouge se l’a fait jouer avec le loup
pour prouver son innocence.
Pourtant elle porte le tapis rouge sur le dos !
Et elle défile sous les lumières des flashs.
De peur de devenir ours polaire,
elle se nomme petite et se fait serrer la ceinture,
pour montrer sa bonne volonté.
La tentation de se faire son propre tapis
donnera la virulence de la satiété,
et bouclera le domaine des incongruités.
Les indiens ont pourtant voulu vivre en paix,
mais l’harmonie rouge les a refusé,
a cause de leur tenu qui affiche trop de nudité.
Et la bienveillance lunatique
les a ignoré.
La loi du changement,
dirait le sage.

Décembre

Je grimpe tourne autour du fond
me penchant sur un lieu qui me fuit
transperce a plusieurs moments
une longue habitude de ouie.

Le ciel ronfle, j’entends
des pas quelque part dans l’oubli.
des ressemblances viennent, s’en vont
frôler les bords de ma vie,
monte un ordre et des tons
faiblesse crépuscule je suis.
Je laisse ma tête aux vents
rêves diurnes je suis.

Je serais parti en décembre
migrateur fuyant mes oublis
saison des peines décembre,
je veux plus rester elle me dit
les lieux d’ici s’encombrent
et moi je perds mes envies.

Partir m’obsède décembre
cherchant ma part dans l’oubli
je ne peux être aussi tendre
que ces vieilles ruines travesties.
Le vide saute en décombre
comme l’en réalise la vie.

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Liste non-exhaustive.    

 

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