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Poesia
contemporaine de l'Orient
S’envolent les colombes
S’envolent les colombes
Se posent les colombes
Prépare-moi la terre, que je me repose
Car je t’aime jusqu’à l’épuisement
Ton matin est un fruit offert aux chansons
Et ce soir est d’or
Nous nous appartenons lorsque l’ombre rejoint son ombre dans
le marbre
Je ressemble à moi-même lorsque je me suspends
Au cou qui ne s’abandonne qu’aux étreintes des
nuages
Tu es l’air se dénudant devant moi comme les larmes
du raisin
L’origine de l’espèce des vagues quand elles
s’agrippent au rivage
Et s’expatrient
Je t’aime, toi le commencement de mon âme, toi la fin
S’envolent les colombes
Se posent les colombes
Mon aimé et moi sommes deux voix en une seule lèvre
Moi, j’appartiens à mon aimé et mon aimé
est à son étoile errante
Nous entrons dans le rêve mais il s’attarde pour se
dérober à notre vue
Et quand mon aimé s’endort je me réveille pour
protéger la rêve de ce qu’il voit
J’éloigne de lui les nuits qui ont passé avant
notre rencontre
De mes propres mains je choisis nos jours
Comme il m’a choisi la rose de la table
Dors, ô mon aimé
Que la voix des murs monte à mes genoux
Dors, mon aimé
Que je descende en toi et sauve ton rêve d’une épine
envieuse
Dors, mon aimé
Sur toi les tresses de ma chevelure. Sur toi la paix
(...)
J’ai vu le pont
L’Andalousie de l’amour et du sixième sens
Sur une larme désespérée
Elle lui a remis son cœur
Et a dit : l’amour me coûte ce que je n’aime pas
Il me coûte mon amour
Puis la lune s’est endormie
Sur une bague qui se brisait
Et les colombes se sont envolées
L’obscurité s’est posée
Sur le pont et les amants
S’envolent les colombes
S’envolent les colombes.
Le dernier train s’est arrêté
Le dernier train s’est arrêté au dernier quai.
Et personne
Pour sauver les roses. Nulle colombe pour se poser sur une femme
en chair de parole.
Le temps s’est achevé. Le poème ne peut guère
plus que ce que l’écume a pu.
Ne crois pas nos trains, ô amour, n’attends personne
dans la cohue.
Le dernier train s’est arrêté au dernier quai,
et personne
Ne peut retourner aux narcisses retranchés dans les miroirs
de la pénombre
Où laisserai-je ma dernière description de ce qui
m’est advenu comme corps ?
Est fini ce qui est fini. Où est ce qui est fini ? Où
viderai-je ce qui m’est advenu comme pays ?
Ne crois pas nos trains, ô amour, les dernières colombes
se sont envolées, envolées
Le dernier train s’est arrêté au dernier quai
… et personne.
(...)
Quand les martyrs vont dormir
Quand les martyrs vont dormir, je me réveille et je monte
la garde pour éloigner d’eux les amateurs d’éloges
funèbres.
Je leur souhaite " bonne patrie ", de nuages et d’arbres,
de mirages et d’eau.
Je les félicite d’avoir échappé à
l’accident de l’impossible, à la plus-value de
la boucherie.
Je vole du temps afin qu’ils me volent au temps. Sommes-nous
tous des martyrs ?
Et je murmure : ô mes amis, laissez un seul mur pour les cordes
à linge, une nuit pour les chansons.
Je suspendrai vos noms où bon vous semble, mais dormez un
peu, dormez sur l’échelle de la vigne acide.
Que je protège vos rêves des poignards de vos gardiens
et du revirement du Livre contre les prophètes.
Soyez l’hymne de celui qui n’a pas d’hymne lorsque
vous irez dormir ce soir.
Je vous souhaite " bonne patrie " montée sur un
coursier au galop
Et je murmure : ô mes amis, vous ne serez pas comme nous :
corde d’une obscure potence !
(...)
Mahmoud Darwich
Poète Palestinien,
Tiré du recueil "Plus rares sont les roses"Traduit
de l’arabe par Abdellatif Laâbi Publié avec le
concours de l’UNESCO, dans la "collection Unesco d’oeuvres
représentatives", série arabe.Cet ouvrage a été
établi d’après les oeuvres de M. Darwich
Hissarun li mada’hi al-Bahr (Blocus pour panégyriques
de la mer),
Ceres-Productions, Tunis, 1984 et Wardun Aqall (Plus rares sont
les roses), Editions Toubkal, Tunis, 1986 - 96 pages -Minuit, 1989
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Orient
Poètes reconnus : Abou Nawass, Omar Khayyam, Al Mutanabi,
Rumi, Khalil Gibran, Mahmoud Darwich,
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