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Moyen-Orient

Le Moyen orient est une mozaique, une zone étendue, variée. Les différences d'une contrée à un autre sont parfois si importantes que chaque pays a développé une poésie spécifique à son histoire, à ses épreuves, et à ses mentalités. Le Moyen-Orient a connu et connaît encore de grands poètes, au carrefour de civilisations riches et complexes. La période persanne autant que la période ottomane ou bien la Syrie et le Liban actuel ont produit des auteurs brillants et des oeuvres magistrales ; avec des courants des tendances et des styles qui y ont fleurit. Beaucoup de formes y sont représentées, du lyrisme, en passant par l'épique, jusqu'à la poésie mystique. Langues arabes, turques, perses, nous avons extraits ci dessous les poètes qui ont retenu notre attention (traduits par d'autres auteurs contemporains). Vous les retrouverez dans les bibliothèques ou librairies dignes de ce nom.

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Mahmoud Darwich Poète Palestinien. Il est le poète de la résistance, de la paix et de la rose ; Mahmoud Darwich est un incontournable de la poésie contemporaine internationale. Ses poèmes reflètent l'espoir, et ressace tous les thèmes inhérants à l'Homme à travers l'histoire du peuple palestinien. A la fin, il en ressort une poétique universelle et accessible à tous. Il nous a quitté il y'a peu laissant derrière lui, le souvenir d'un engagement envers la Palestine, mais aussi le souvenir d'une langue arabe pure au service d'une poésie métaphorique et prégnante :

S’envolent les colombes

S’envolent les colombes
Se posent les colombes

Prépare-moi la terre, que je me repose
Car je t’aime jusqu’à l’épuisement
Ton matin est un fruit offert aux chansons
Et ce soir est d’or
Nous nous appartenons lorsque l’ombre rejoint son ombre dans le marbre
Je ressemble à moi-même lorsque je me suspends
Au cou qui ne s’abandonne qu’aux étreintes des nuages
Tu es l’air se dénudant devant moi comme les larmes du raisin
L’origine de l’espèce des vagues quand elles s’agrippent au rivage
Et s’expatrient
Je t’aime, toi le commencement de mon âme, toi la fin

S’envolent les colombes
Se posent les colombes

Mon aimé et moi sommes deux voix en une seule lèvre
Moi, j’appartiens à mon aimé et mon aimé est à son étoile errante
Nous entrons dans le rêve mais il s’attarde pour se dérober à notre vue
Et quand mon aimé s’endort je me réveille pour protéger la rêve de ce qu’il voit
J’éloigne de lui les nuits qui ont passé avant notre rencontre
De mes propres mains je choisis nos jours
Comme il m’a choisi la rose de la table
Dors, ô mon aimé
Que la voix des murs monte à mes genoux
Dors, mon aimé
Que je descende en toi et sauve ton rêve d’une épine envieuse
Dors, mon aimé
Sur toi les tresses de ma chevelure. Sur toi la paix
(...)
J’ai vu le pont
L’Andalousie de l’amour et du sixième sens
Sur une larme désespérée
Elle lui a remis son cœur
Et a dit : l’amour me coûte ce que je n’aime pas
Il me coûte mon amour
Puis la lune s’est endormie
Sur une bague qui se brisait
Et les colombes se sont envolées
L’obscurité s’est posée
Sur le pont et les amants

S’envolent les colombes
S’envolent les colombes.

Le dernier train s’est arrêté

Le dernier train s’est arrêté au dernier quai. Et personne
Pour sauver les roses. Nulle colombe pour se poser sur une femme en chair de parole.
Le temps s’est achevé. Le poème ne peut guère plus que ce que l’écume a pu.
Ne crois pas nos trains, ô amour, n’attends personne dans la cohue.
Le dernier train s’est arrêté au dernier quai, et personne
Ne peut retourner aux narcisses retranchés dans les miroirs de la pénombre
Où laisserai-je ma dernière description de ce qui m’est advenu comme corps ?
Est fini ce qui est fini. Où est ce qui est fini ? Où viderai-je ce qui m’est advenu comme pays ?
Ne crois pas nos trains, ô amour, les dernières colombes se sont envolées, envolées
Le dernier train s’est arrêté au dernier quai … et personne.

(...)


Quand les martyrs vont dormir


Quand les martyrs vont dormir, je me réveille et je monte la garde pour éloigner d’eux les amateurs d’éloges funèbres.
Je leur souhaite " bonne patrie ", de nuages et d’arbres, de mirages et d’eau.
Je les félicite d’avoir échappé à l’accident de l’impossible, à la plus-value de la boucherie.
Je vole du temps afin qu’ils me volent au temps. Sommes-nous tous des martyrs ?
Et je murmure : ô mes amis, laissez un seul mur pour les cordes à linge, une nuit pour les chansons.
Je suspendrai vos noms où bon vous semble, mais dormez un peu, dormez sur l’échelle de la vigne acide.
Que je protège vos rêves des poignards de vos gardiens et du revirement du Livre contre les prophètes.
Soyez l’hymne de celui qui n’a pas d’hymne lorsque vous irez dormir ce soir.
Je vous souhaite " bonne patrie " montée sur un coursier au galop
Et je murmure : ô mes amis, vous ne serez pas comme nous : corde d’une obscure potence !

(...)

Tiré du recueil "Plus rares sont les roses"Traduit de l’arabe par Abdellatif Laâbi Publié avec le concours de l’UNESCO, dans la "collection Unesco d’oeuvres représentatives", série arabe Cet ouvrage a été établi d’après les oeuvres de M. Darwich Hissarun li mada’hi al-Bahr (Blocus pour panégyriques de la mer), Ceres-Productions, Tunis, 1984 et Wardun Aqall (Plus rares sont les roses), Editions Toubkal, Tunis, 1986 - 96 pages -Minuit, 1989

 

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Rûmî, Djalâl ad-Dîn est le plus grand poète mystique de langue persane et l'un des plus hauts génies de la littérature spirituelle universelle, né à Balkh, dans le Khorassan, en 1207, mort à Konya, en Anatolie, en 1273. Il fonda dans cette dernière ville, où il repose et où son mausolée est vénéré par tout l'Orient, la tarîqa des mawlavîs (en Turc, mevlevis) connus en Occident sous le nom de derviches tourneurs, en raison de leur célèbre samâ, concert spirituel accompagné d'une danse symbolisant la rotation des planètes autour du soleil. Ce grand mystique était aussi un grand voyant : ne parlait-il pas de la fission de l'atome au temps de saint Louis? Son couvre immense constitue une somme doctrinale de la mystique musulmane, et elle n'a cessé d'être lue et méditée : il y a toujours eu des chaires de Mathnavî traitant de l'enseignement initiatique apporté par la principale oeuvre didactique du maître. On a dit de lui qu'il était « comparable » à un prophète; c'est un poète d'un lyrisme inégalé. Son ordre eut pendant toute la durée de l'empire ottoman des branches groupant des dizaines de milliers de disciples; elles ont apporté une contribution considérable à la culture et à la musique turques, et leur rayonnement s'est répandu jusqu'aux confins des terres d'Islam, notamment en Inde et en Afghanistan. Outre le Mathnavî de 25 000 vers (édité et traduit en anglais par R. A. Nicholson; une traduction française doit paraître aux éditions Sindbad), ses principales oeuvres sont des quatrains, son très important ouvrage doctrinal en prose : Fîhî-mâ fîhi (traduit sous le titre Le Livre du Dedans, éd. Sindbad, Paris, 1975) et un Dîwân dédié à son maître Shams de Tabrîz (même traductrice, en collaboration avec M. Mokri, sous le titre Odes mystiques, choix édité par Klincsieck, Paris, 1973, et traduit en anglais par A.J. Arberry).
Eva de Vitray-Meyerovitchn. In.Antholgie du soufisme. Ed. Islam/Sindbad, Paris 1978
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Depuis le XIIIe siècle jusqu'à nos jours, le grand poète mystique Djelâl-ud-dîn Rûmî a eu une influence ininterrompue et profonde sur les littératures persanes, hindoustani et turque.

Dors

J'étais mort, vivant me voici,
Jétais larme, ris me voici,
Arriva le bonheur d'amour,
Bonheur éternel me voici.

J'ai la vision rassasiée
J'ai le souffle templi d'auace,
la bile intrépide du lion,
Vénus ardente me voici.

Il dit: "Mais on, tu n'es pas fou,
Pas digne de cette maison."
Je suis parti me rendre fou,
tel les attachés me voici.

Il dit: "Mais non, tu n'es pas ivre,
Va, tu n'es pas de cette espèce."
Je suis parti, me voici ivre,
Et rempli de joie me voici.

Il dit: "Mias no, tu n'es pas mort,
Tu n'es pas souillé par la joie."
À sa face qui donne vie,
Mort et effondré me voici.

Il dit: "Oh oui, tu es rusé,
Ivre de doute et de pensée."
Alors ignorant, effrayé,
Détaché de tous me voici.

Il dit: "Tu es une bougie,
Celui vers qui l'assemblée prie."
Assemblée ne suis, ni bougie,
Fumée dispersée me voici.

Il dit: "Tu es le cheikh, la tête,
Devant tu mènes le chemin."
Cheikh me suis, ni menant chemin,
Ton suiveur-d'ordres me voici.

Il dit: "Tu as plumes et ailes,
je ne te donne aile ni plume."
Désirant ses plumes, ses ailes,
Sans aile et plumes, me voici.

La chance nouvelle m'a dit:
"N'avance plus et sois sans peine.
Par bonté, générosité,
Le venant-vers-toi me voici."

Le vicil amour m'a dit: "D'auprès
De nous ne te déplace pas."
J'ai dit: "Non, je ne bouge pas,
Immobile ici me voici."

Tu es la source du soleil
Et moi je suis l'ombre du saule.
Toi, tu m'as frappé à la tête,
Misérable en feu me voici.

Mon coeur trouva l'éclat du souffle,
Mon coeur s'ouvrit et se fendit,
Mon coeur tissa nouveau brocart,
Haine des haillons me voici.

Le visage du souffle, à l'aube,
Se vanta, sous le coup d'ivresse:
"J'étais domestique et ânier,
Roi et grand seigneur me voici."

Reconnaissante, elle est, ta feuille,
De sentir ton sucre sans fin,
Quand elle est venue prés de moi,
Moi, comme elle alors me voici.

Reconnaissante, terre triste,
Pour le ciel et la roue courbée,
À sa vue, à son tournoiement,
Capteur de clarté me voici.

Reconnaissante, roue du ciel,
Pour le roi, pour l'ange et la terre.
Par sa généreuse bonté,
Clair et généreux me voici.

Reconnaissant, l'homme du Vrai,
Car la tête de tous nous sommes.
Sur les sept étages du ciel,
Brillante étoile me voici.

J'étais Vénus, me voici Lune,
Et la roue deux cents fois pliée,
J'étais Joseph, dorénavant
Faiseur de Joseph me voici.

Comme les échecs sois mobile
Et silencieux, mais tous parole.
Visage-tour du roi du monde:
Heureux, victorieux me voici.

Le livre de Chams de Tabriz de Rûmi.

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Poètes reconnus :

Al Mutanabi, El Attar, Hallaj, Rumi, Saadi, entre-autres.

Poète contemporains :

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